Au cours de leur spécialisation, les élèves en assurance apprennent vite à distinguer les assurances vie d'une part, et les assurances non-vie ou IARD (Incendie-Accident-Risques Divers), d'autre part.
Cependant, il convient de souligner que si la réglementation exige des administrations séparées pour une même société exerçant en vie et en IARD (deux Directions Générales parfaitement distinctes), c'est bien parce que les modes de financement de ces branches sont différents: les primes ne sont pas utilisées de la même manière pour faire face aux sinistres; entendons par sinistre tout évènement (heureux ou malheureux) pouvant mettre en jeu l'engagement de l’assureur vis-à-vis du bénéficiaire du contrat d’assurance.
I- Que finance-t-on ou que doit-on financer ?
Ici, l’objet dont le financement est à l’ordre du jour est l’élément essentiel des contrats d’assurance, à savoir : l’engagement de l’assureur ; il s’agit du paiement de l’indemnité ou du capital que l’assureur a promis au souscripteur lors de la conclusion du contrat, au cas où l’évènement qu’ils ont défini à cette occasion se produirait.
L’assureur doit par conséquent être prudent et rigoureux dans l’utilisation des primes ou cotisations collectées, car il s’agit de fonds qui ne lui sont pas totalement acquis tant que le contrat ne prend pas fin.
Le financement de cet engagement se fait à partir desdits fonds et nous notons qu’il en existe deux modes : les financements (ou gestions) par répartition et par capitalisation.
II- Les deux modes de financement des assurances
II-1- Le financement par répartition
Le financement par répartition consiste pour l’assureur à faire face aux sinistres d’un exercice à partir de la masse de primes collectées au cours du même exercice. Il y existe donc une mutualisation des primes qui sont systématiquement affectées au paiement des sinistres. Ainsi chaque sinistre sera payé grâce à la masse des primes de tous les assurés du portefeuille, y compris la prime de l’assuré sinistré.
On retrouve ce mode de financement dans les assurances non-vie où il conduit à la constitution deprovisions techniques (provisions pour sinistres à payer ; provisions pour risques en cours ; provision pour annulation de primes).
II-2- La gestion par capitalisation
Dans ce mode de financement, les primes de chaque assuré sont capitalisées (par des intérêts composés) pour permettre de faire face uniquement à l’engagement pris vis-à-vis de chacun d’eux. Cela signifie que la prime d’un assuré donné ne servira aucunement à payer le sinistre d’un autre assuré.
Le financement par capitalisation est le mode de gestion des assurances vie, qui sont des assurances de longues durées. Aussi une telle gestion amène-t-elle l’assureur à constituer des provisions mathématiques (PM), qui sont par définition la différence entre les valeurs actualisées des engagements de l’assureur et ceux de l’assuré.
III- Avantages et inconvénients des deux modes de financement
De ce qui précède, il ressort que la gestion par capitalisation assure une plus grande efficacité économique des assurances : les primes collectées permettent immédiatement de financer l’investissement et la croissance économique. Cependant, contrairement à la gestion par répartition, elle rompt la solidarité au sein des générations et entre les générations puisque chaque assuré qui sort du portefeuille ne reçoit que sa propre mise et les « fruits » que celle-ci a produits sur la période d’assurance.
Nous retenons donc qu’à chaque branche d’assurance correspond précisément l’un des deux modes de financement ci-dessus. Ainsi les assurances des choses, l’assurance de la responsabilité civile, les assurances individuelle accident et santé sont-elles gérées par répartition ; tandis que les assurances sur la vie sont gérées par capitalisation.
Indiquons toutefois qu’après la deuxième guerre mondiale, la chute de la valeur de l’épargne accumulée par les régimes de retraite français a conduit à un financement par répartition (bien que ces régimes fassent partie des assurances vie). Cependant, ces dernières années voient un important retour à la gestion par capitalisation de leur part.